La dermatite à Malassezia est une maladie de la peau due à la multiplication en excès de levures appelées Malassezia. Il s’agit indéniablement d’une des dermatoses les plus à la mode en dermatologie vétérinaire de ces dernières années. En effet, décrite pour la première fois au début des années 1980 chez le chien, elle a été oubliée pendant longtemps, pour revenir au goût du jour depuis 1990. Depuis cette date, de très nombreux travaux se sont multipliés sur ces levures pour mieux connaître leur physiologie, les mécanismes par lesquels elles provoquent des lésions cutanées et sur la dermatose elle-même.
L'agent responsable
Les Malassezia sont des champignons unicellulaires de petite taille puisqu’elles mesurent seulement entre 2 et 7 µm. Il existe plusieurs espèces différentes, qu’il est possible de distinguer uniquement par des techniques très sophistiquées de biologie moléculaire (par dosage de la composition de l’ADN).
Chez le chien, on rencontre le plus souvent Malassezia pachydermatis, alors que chez l’homme il s’agit de Malassezia furfur. Ces espèces diffèrent par leur capacité à proliférer sur des milieux enrichis ou non en lipides.
Ces levures sont des hôtes habituels saprobes de la peau du chien et du chat (ainsi que d'autres mammifères). La première description de l’espèce rencontrée chez le chien Malassezia pachydermatis a été faite sur un Rhinocéros, d’où son nom. Il est possible de les retrouver, mais en faible nombre, chez des chiens normaux. C’est leur multiplication excessive qui est pathologique. Par exemple, on en trouve sur près de la moitié des chiens au niveau de certains sites privilégiés comme les babines, le conduit auditif externe, les extrémités des membres au niveau des espaces interdigités, le dos, le ventre, l’aine, les ars, et surtout l’anus. Il n’est pas impossible, comme il est suspecté pour certaines bactéries, que la cavité orale et les régions anales et périanales représentent des sites de portage, d’où les levures seraient passivement transportées par le léchage de l’animal sur la peau. En outre, les sensibilités raciales et individuelles sont très différentes. Certains chiens ne présentent jamais de levure, alors que d’autres présentent en permanence une population assez élevée. Ceci est particulièrement vrai dans les races Basset Hound et West Highland White Terrier.
Chez un chien sain, les levures se multiplient peu et sont retrouvées en faible nombre. Elle sont en effet éliminées par l'organisme à la fois mécaniquement par le biais du renouvellement épidermique (chute des squames) et aussi par les défenses immunitaires de l’hôte (rôle important des macrophages et des lymphocytes).
En résumé, dans des conditions normales, la population de Malassezia reste faible sur la peau du chien.
Développement de la dermatite à Malassezia
L'équilibre entre la multiplication des Malassezia et leur élimination peut être rompu. On assiste alors à une importante multiplication des levures à la surface de la peau et celles-ci peuvent alors devenir pathogènes, soit directement (action mécanique) soit par le biais de substances nocives qu’elles sécrètent.
La colonisation de la peau peut être due à des modifications cutanées telles qu’une augmentation de la production de sébum (et de cérumen), les états kératoséborrhéïques, une humidité excessive, la présence de plis cutanés marqués (les SharPeï sont très prédisposés), ou les effractions cutanées (par exemple dues au grattage). Une baisse des défenses immunitaires peut également être à l'origine de la multiplication des Malassezia.
Il semble important de différencier
- Les cas de dermatite à Malassezia primaires, c’est à dire pour lesquels la maladie ne peut être reliée à aucune cause sous-jacente (on dit qu'elle est idiopathique). Dans ce cas les levures se multiplient sans qu’il soit possible de déterminer de facteur prédisposant à leur développement. Habituellement, elle rétrocède bien avec un traitement adapté. Mais si dans de rares cas on n’observe aucune rechute, dans la majorité des cas au contraire, la dermatose réapparait régulièrement dès que le traitement est arrêté. Cette chronicité nécessitera des traitements réguliers préventifs.
- Les dermatites à Malassezia secondaires, pour lesquelles la multiplication des levures est nettement favorisée par une cause sous-jacente qui a modifié le revêtement cutané et/ou les défenses immunitaires de l'hôte. Un grand nombre de dermatoses ou de maladies générales peuvent être incriminées dans ce cas. On peut citer par exemple les pyodermites, les ectoparasitoses, les maladies hormonales, les troubles de la kératinisation, l'administration de corticoïdes ou d'antibiotiques. Dans ce cas de figure, le simple traitement de la dermatite à Malassezia ne suffira pas: la cause sous-jacente ayant favorisé la multiplication des levures doit être également identifiée et traitée afin d'éviter les rechutes. Les médicaments favorisant la multiplication des levures devront soigneusement être évités, notamment les corticoïdes.
Aspects cliniques (cf diaporama)
La dermatose atteint le plus souvent des chiens adultes, sans prédisposition de sexe. Certaines races sont nettement prédisposées (West Highland White Terriers, Bassets Hound SharPeïs), mais d’autres races présentent également souvent cette dermatose, notamment les Teckels, Cockers, Caniches, Bergers Allemands, Colleys, Shetlands, Jack Russel Terriers, Silky Terriers, Terriers Australiens et Springer Spaniels.
La maladie apparait le plus souvent pendant l'été. Elle n'est pas contagieuse (ni à l'homme, ni aux autres animaux).
La dermatite à Malassezia peut-être généralisée à tout le corps, localisée ou encore multifocale (localisation simultanée à plusieurs régions du corps). Certaines zones sont préférentiellement atteintes: la face, et notamment la région péribuccale et les pavillons et conduits auriculaires, et les parties humides du corps ou au niveau desquelles le léchage est facile (cou, ars, ventre, membres et pieds, plis cutanés et région anale).
Le prurit est constant et très marqué. Au début, la peau est érythémateuse (rose à rouge) avec le développement de lésions papuleuses (boutons) et maculeuses (taches). Lorsque la dermatose a évolué depuis un certain temps, la peau apparait hyperpigmentée et/ou épaissie, ce qui donne un aspect de peau d'éléphant (lichénification). Un état kératoséborrhéïque est présent (il aggrave éventuellement un trouble sous-jacent lui aussi à expression kératoséborréïque). La peau et le pelage sont gras avec une forte odeur de rance et il y a de nombreuses squames et des croûtes). L’odeur est un caractère marquant de cette dermatose, à tel point qu’on peut « sentir » les chiens atteints avant de les voir...
Les mouvements de léchage ou de grattage sont responsables à terme de l’aparition d’une alopécie (chute des poils) multifocale ou diffuse. Ils prédisposent également au développement d’infections cutanées concommitantes.
Diagnostic
Le diagnostic se base sur l'anamnèse (histoire de la maladie), l'examen clinique et la mise en évidence de levures en nombre excessif sur la peau.
L’observation des Malassezia nécessite la réalisation par le vétérinaire de prélèvements cutanés. Ces derniers sont aisément et rapidement faits, soit par calque, soit par écouvillonage ou encore par l’utilisation de ruban adhésif (« scotch-test »). Les prélèvements sont alors observés au microscope immédiatement après une coloration rapide, c’est à dire en pratique pendant la consultation.
Les levures sont aisément reconnaissables grâce à leur forme particulière ovale, en "bouteille de Perrier" ou en cacahouète (la cellule est en train de se diviser : c'est son mode de multiplication). Il est nécessaire de les observer en grand nombre (plusieurs levures par champ au microscope à fort grossissement) pour pouvoir affirmer que la multiplication est pathologique).
Plus rarement, il peut être nécessaire d’effectuer des biopsies ou des cultures fongiques. Cette dernière technique présente l’avantage de permettre une évaluation semi-quantitative assez précise du nombre de levures présentes sur la peau.
Traitement
Le traitement de la dermatite à Malassezia fait appel à des substances antifongiques utilisées par voie systémique (par voie orale) et/ou localement (topiques).
Les antifongiques utilisés par voie orale sont à administrer pour les cas graves, dont les lésions dermatologiques sont importantes, ou pour les cas de dermatite à Malassezia primaires qui rechutent malgré des traitements adaptés nombreux et répétés. Il peut dans ce cas être nécessaire d’administrer les antifongiques quelques jours par semaine toute la vie de l’animal pour éviter la récidive de la dermatose...
Les produits utilisables par voie locale sont soit des shampooings ayant incorporé des substances antifongiques ou des substances anti-séborrhéïques, soit des solutions antifongiques à appliquer en lotion après un shampooing. Les lotions présentent l’avantage de ne pas nécessiter de rinçage, contrairement aux shampooings, et donc de présenter une action plus rémanente dans le temps (deux applications par semaines sont suffisantes).
La reconnaissance et le contrôle d'une cause sous-jacente sont indispensables dans tous les cas de dermatite à Malassezia afin de prévenir les récidives.